La nouvelle défection au sein de l’opposition togolaise, un signe de non repentance ?
La scène politique togolaise vient d’enregistrer un nouvel épisode révélateur de ses profondes fractures internes. La suspension puis le retrait du parti « LA RACINE » de la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP), à la suite de la mise à l’écart de son président Sylvanus Soké OUTCHA, illustrent une fois de plus l’éternelle tension qui fait écran au bon fonctionnement des regroupements de l’opposition. Au-delà des justifications officielles faites devant les médias mardi notamment la participation au Cadre Permanent de Concertation (CPC) contre la ligne politique de la Dynamique de la Majorité du Peuple (DMP), cet épisode illustre un mal bien plus profond. Il s’agit de l’incapacité chronique de l’opposition togolaise à construire une stratégie cohérente et durable.
*Une opposition piégée dans ses contradictions*
Le différend entre la DMP et « LA RACINE » n’est pas simplement organisationnel. Il est idéologique et stratégique. D’un côté, une ligne dure favorable au boycott et à la rupture avec les cadres institutionnels jugés inefficaces ou biaisés. De l’autre, une approche qui se veut « pragmatique » prônant la participation, même imparfaite, aux mécanismes de dialogue comme le CPC.
Ce clivage n’est pas nouveau. Il traverse l’opposition togolaise depuis des décennies. Mais ce qui interpelle ici, c’est la manière dont ces divergences sont gérées. Non pas par le débat structuré ou le compromis politique, mais par des sanctions, des exclusions et des invectives publiques. Chaque désaccord devient une crise, chaque crise débouche sur une scission.
Le discours de « LA RACINE » est à cet égard révélateur. En dénonçant le « populisme », les « égos » et les « dictats égoïstes », le parti met des mots sur un malaise largement partagé, mais rarement assumé publiquement : l’opposition est davantage minée par ses propres rivalités que par la solidité du pouvoir qu’elle prétend combattre.
*L’éternel poison des egos et des guerres intestines*
Ce nouvel épisode confirme que les coalitions politiques au Togo naissent souvent dans l’urgence, mais meurent dans la méfiance. Derrière les slogans d’unité se cachent des ambitions concurrentes, des querelles de leadership et des stratégies personnelles difficilement conciliables.
L’accusation d’« amour personnel » opposé à « l’amour patriotique » formulée par « LA RACINE » est particulièrement symptomatique. Elle traduit une perception largement répandue au sein de l’opinion. Certains leaders privilégieraient leur positionnement politique individuel au détriment de l’intérêt collectif.
Ces querelles internes ont un coût politique considérable. Elles affaiblissent la crédibilité de l’opposition, désorientent ses militants et, surtout, renforcent indirectement le pouvoir en place en lui laissant un boulevard stratégique. Une opposition divisée est une opposition prévisible, donc facilement neutralisable.
*Participation ou boycott : un débat jamais tranché*
Le fond du conflit participation ou non au CPC renvoie à une question stratégique centrale que l’opposition togolaise n’a jamais su trancher avec clarté. Faut-il investir les institutions existantes, au risque d’être instrumentalisé, ou les boycotter, au risque de s’auto-marginaliser ?
L’argument de « LA RACINE » selon lequel il vaut mieux peser dans un cadre imparfait que s’exclure totalement du jeu politique mérite d’être entendu. À l’inverse, la crainte de voir ces cadres servir de caution démocratique au régime n’est pas infondée.
Mais le véritable problème n’est pas tant le choix de la stratégie que l’absence d’une position commune. Tant que chaque parti adoptera sa propre ligne sans coordination, l’opposition donnera l’image d’un ensemble incohérent, incapable de parler d’une seule voix.
*Une crise de confiance avec le peuple*
Au-delà des rivalités internes, cette défection met en évidence une fracture plus grave. Celle entre l’opposition et le peuple. Les promesses répétées de changement, souvent non suivies d’effets, ont progressivement érodé la confiance des citoyens.
Lorsque « LA RACINE » critique les « tsunamis jamais réalisés », elle touche un point sensible. L’opposition souffre d’un déficit de résultats tangibles. Or, dans un contexte de fatigue sociale et politique, les populations attendent des actions concrètes, pas des querelles de leadership.
Chaque nouvelle division renforce le sentiment d’impuissance collective et alimente le désengagement citoyen. À terme, c’est toute la dynamique de l’alternance qui s’en trouve compromise.
*Quelles perspectives pour l’alternance ?*
Avec de telles mésententes, l’opposition peut-elle réellement espérer provoquer une alternance politique ?
En l’état actuel, la réponse est clairement non. Aucune alternance crédible ne peut émerger d’un camp fragmenté, sans vision commune ni discipline collective. L’histoire politique du Togo comme ailleurs, montre que les transitions réussies reposent des piliers essentiels tels que l’unité stratégique minimale, un leadership accepté et une feuille de route claire.
*L’urgence d’une refondation*
L’appel de « LA RACINE » à une table ronde de l’opposition, fondée sur le dialogue, le pardon et la redéfinition des méthodes de lutte, peut sembler idéaliste. Mais il met en exergue une nécessité de refondation en profondeur.
Cette refondation ne peut se limiter à des alliances de circonstance. Elle suppose une clarification des stratégies (participation vs boycott), un dépassement réel des égos, et surtout, une recentralisation du combat politique autour des attentes concrètes des populations.
Sans cela, les coalitions continueront de se faire et de se défaire au gré des intérêts, sans jamais produire l’alternance tant promise.
228news.