La célébration du 66e anniversaire de l’indépendance du Togo, qui aurait dû incarner un moment d’unité nationale et de mémoire collective, s’est plutôt illustrée comme une démonstration de déconnexion entre les autorités et une grande partie de la population. Le malaise est profond et vide cette fête nationale de son essence fédératrice.
Loin de rassembler, l’événement semble avoir accentué les lignes de fracture déjà visibles au sein de la société togolaise. Les moyens considérables mobilisés pour l’organisation de cette célébration et le sentiment de désaffection qu’elle suscite auprès des citoyens. Ce qui devrait être une communion nationale se révèle comme un rituel institutionnel, sans adhésion populaire réelle. Les zones d’ombre qui entourent l’histoire même de l’indépendance continuent d’alimenter les divisions. Comment comprendre que, plus de six décennies après, des questions fondamentales restent sans réponses ? L’évacuation de la dépouille mortelle de celui qui s’est battu pour arracher cette indépendance, les circonstances troubles de son assassinat, ou encore le débat jamais tranché sur son statut de père de la nation : autant de sujets sensibles laissés en suspens, qui hantent la mémoire collective et empêchent toute appropriation consensuelle de l’histoire nationale.

Dans ce contexte, les discours officiels peinent à convaincre. Dans la soirée ayant suivi les festivités, le Président du conseil a décliné les trois axes de sa nouvelle ligne politique : « protéger, rassembler et transformer ». Des mots qui, sur le papier, se veulent porteurs d’espoir. Mais dans la réalité, ils résonnent comme un énième slogan sans traduction concrète. Sur le terrain, les Togolais font face à une autre réalité : une société fragmentée, des citoyens livrés à eux-mêmes et des initiatives qui stagnent, faute de volonté politique. Dans un pays où les promesses ne sont pas souvent traduites en acte, les discours ne sont plus convaincants. Les populations veulent du concret et sont fatiguées des discours. Aussi, dans un système où les plus vulnérables peinent à faire entendre leur voix, ses discours politiques apparaissent déconnectées de leur vécu quotidienne. Le manque d’inclusivité dans la gouvernance et l’absence de réponses aux préoccupations historiques et contemporaines renforcent ce sentiment d’abandon.
Priska