Lomé sous les eaux dès les premières pluies, les autorités aux abonnés absents

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À peine entamée, la saison des pluies plonge déjà Lomé dans une situation préoccupante. Plusieurs quartiers de la capitale togolaise, ainsi que certaines banlieues, se retrouvent déjà envahis par les eaux et sont basculés en zone rouge après seulement quelques averses.

Aux probables maladies s’ajoute un drame humain déjà enregistré : le décès tragique, à Noukafou, d’un enfant de trois ans sous l’eau. Une réunion d’urgence qui rassemble les maires autour du ministre en charge de l’administration du territoire révèle des limites du plan d’urgence mis en place pour gérer les cas d’inondation. Ce qui prouve pour une fois encore, l’Éternel rôle de médecin après la mort des autorités.

Une vulnérabilité structurelle qui ne finit jamais

Chaque année, ou presque, Lomé revit le même scénario. Les pluies, pourtant prévisibles et annoncées par les services de météorologie, suffisent à paralyser la ville. Routes impraticables, habitations inondées, populations sinistrées : les images se répètent toujours sans solutions durables. Cette vulnérabilité n’est pas uniquement liée à l’intensité des précipitations, mais révèle surtout des failles structurelles profondes dans l’aménagement urbain et la gestion des eaux pluviales. L’heure de situer les responsabilités.

Une responsabilité partagée

Les responsabilités sont multiples et partagées face à la situation.

D’un côté, l’incivisme d’une partie de la population aggrave considérablement la situation. Les caniveaux, censés faciliter l’évacuation des eaux, sont souvent obstrués par des déchets ménagers, œuvres des citoyens. Plastiques, sachets, détritus en tout genre s’y accumulent et empêchent l’écoulement normal des eaux de pluie. Résultat : à la moindre pluie, l’eau stagne et déborde, envahissant rues et concessions.

De l’autre côté, la responsabilité des autorités est établie. Le laisser-aller dans l’urbanisation, notamment l’autorisation implicite ou explicite de constructions dans les zones inondables et les bas-fonds, expose des milliers de foyers à des risques permanents d’inondation. L’absence de contrôle rigoureux et de planification urbaine cohérente contribue à accentuer la fragilité de certains quartiers et zones de la capitale.

Des aménagements aux effets pervers

Paradoxalement, certaines infrastructures censées résoudre le problème semblent parfois l’aggraver. La construction de certaines infrastructures mal adaptées modifie les circuits naturels d’écoulement des eaux, redirigeant les flux vers des zones habitées. De même, certains bassins de rétention, mal dimensionnés ou insuffisamment entretenus, finissent par devenir des sources d’inondation plutôt que des solutions. Ces choix techniques, souvent réalisés sans une étude approfondie de l’impact environnemental et hydraulique, créent des déséquilibres qui se répercutent directement sur les populations.

Repenser l’urgence et agir durablement

Au lieu de repenser durablement à l’urbanisation de la ville, les autorités sont toujours dans le rôle de médecin après la mort. Alors que l’ANAMET (direction de la météorologie) avait annoncé depuis plusieurs semaines les fortes pluies avec excédents, les autorités étaient plutôt attentistes. Elles ne se sont réveillées que suite aux fortes pluies des 28 et 29 mars dans le Grand Lomé. Awadé Hodabalo, ministre de l’administration territoriale, a en effet réuni, ce 1er avril, les maires, préfets et acteurs techniques pour évaluer le dispositif de gestion des inondations. Des insuffisances ont été relevées dans la coordination et la circulation de l’information, à en croire le ministre. « Nous devons faire mieux », indique-t-il. Tout en saluant l’engagement des forces de sécurité, de l’ANPC et des services météorologiques, il a exhorté à une réponse plus rapide et mieux coordonnée.

Si les échanges ont permis de faire le point des interventions, ils ont également été l’occasion de relever la vulnérabilité de certaines zones et d’insister sur les défis liés à l’urbanisation non maîtrisée.

Plusieurs quartiers et endroits de la ville demeurent sous l’eau, avec toutes les conséquences pour les populations.

Ces réunions ne pourront rien apporter de concret si le plan directeur du Grand Lomé et de sa forte expansion d’urbanisation n’est pas durablement repensés.

Priska

 

 

 

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