Malgré les directives et règlements de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) visant à garantir la libre circulation des personnes et des biens, des pratiques illégales de raquette persistent aux frontières, notamment entre le Bénin et le Togo . Cette situation met à mal les efforts d’intégration régionale et ternit l’image des forces de sécurité et de douane.
« Ce n’est pas la carte d’identité ou le passeport qu’on va manger. Trouve-nous quelque chose, sinon vous allez rester là-bas », témoigne un passager, rapportant les propos fréquents de certains agents peu scrupuleux. En plus des extorsions, des cas de vol d’argent dans les bagages des voyageurs lors des fouilles sont dénoncés. « Je vous déconseille de laisser votre argent dans vos sacs embarqués derrière les véhicules. Il faut toujours les porter sur vous. Parfois, certains agents, lors des fouilles, dérobent l’argent et nous font porter la responsabilité », alerte un chauffeur qui assure la ligne Lomé-Cotonou.
La promesse de la CEDEAO bafouée
Le Protocole A/P1/5/79 de la CEDEAO accorde à tout citoyen de l’espace communautaire le droit de résider et de s’établir dans un autre pays membre, à condition de disposer d’une carte d’identité ou d’un passeport valide, sans exiger de visa. Cette mesure vise à favoriser l’intégration régionale, le commerce et la libre circulation des biens, des services et des capitaux.
Cependant, certains agents exigent des paiements illégaux de 500 ou 1 000 francs CFA, même lorsque les documents des passagers sont conformes. Pour des voyageurs mal préparés ou en possession de papiers expirés, ces pratiques deviennent une source d’angoisse et d’humiliation, tout en encourageant la corruption. « Le week-end dernier, lors d’un voyage aller-retour entre Lomé et Cotonou, contre une carte d’identité expirée, la police togolaise a exigé 500 F CFA pour laisser passer un voyageur entrant au Bénin. Au retour, la même scène s’est passée aux postes de contrôle du Bénin. Les agents de police exigent 1 000 F CFA pour laisser passer les voyageurs dont les pièces d’identité sont expirées et qui entrent sur le territoire togolais », constate un journaliste.
D’après le témoignage d’un chauffeur béninois, à la frontière Hila-Condji, les agents de police ont instauré un système pour extorquer les fonds aux chauffeurs. « Habituellement, le laisser-passer a un délai déterminé pour le renouveler. Mais depuis quelque temps, à chaque passage, on prend votre laisser-passer, même sans expiration, et au retour, on vous exige le renouvellement. Or, c’est un papier qui nous coûte 5 000 F CFA. Une délégation de notre syndicat est allée saisir l’ambassade du Togo au Bénin, qui dit ne pas être au courant. On s’est approché également de certaines autorités qui disent ne pas être au courant. Parfois, certains individus font passer leur simple volonté pour satisfaire leur intérêt personnel sans l’accord des autorités compétentes. C’est triste ce qui se passe », a-t-il témoigné à notre micro.
Un risque accru pour la sécurité régionale
La multiplication des transactions informelles aux frontières rend ces points de passage plus poreux, favorisant potentiellement le trafic illicite et l’insécurité transfrontalière. Des contrôles rigoureux et une surveillance accrue sont nécessaires pour identifier et sanctionner les agents impliqués dans ces dérives.
La libre circulation, pierre angulaire de la CEDEAO, ne pourra se concrétiser que si les autorités mettent en place des mesures dissuasives, renforcent la formation des agents et encouragent la transparence dans les postes frontaliers. Sans cela, les voyageurs continueront de subir un traitement indigne, bien loin des idéaux d’intégration régionale. Le cas du poste frontalier Bénin-Togo doit interpeller les autorités.
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