Le phénomène du harcèlement sexuel en milieu scolaire au Togo et son lot de conséquences pour les enseignants, suscite une préoccupation croissante. Alors que la loi N°2022-020, adoptée il y a deux ans, prévoit des sanctions strictes pour protéger les élèves contre les violences à caractère sexuel, le débat autour des causes et des solutions à long terme, reste et demeure une piste non suffisamment explorée.
Le harcèlement en milieu scolaire, notamment envers les jeunes filles, est une problématique complexe qui ne peut être réduite à des comportements individuels. Plusieurs facteurs sont en jeu, notamment l’habillement des élèves surtout jeunes filles, la démission des parents et des dynamiques de pouvoir souvent opaques entre enseignants et apprenants. Selon certains observateurs, la démission des parents de leurs responsabilités, la cupidité de certaines élèves, et la quête du gain facile exacerbent une situation déjà difficile. Ces éléments, conjugués à la présence de comportements déplacés de certains enseignants, rendent la lutte contre ce fléau particulièrement délicate.
Face à cette réalité, l’application de la loi reste indispensable, mais certains estiment qu’une approche plus nuancée est nécessaire. Pour ce père éducateur dont nous taisons le nom, la solution ne réside pas uniquement dans l’application ferme de la loi, mais dans la création d’une commission d’arbitrage capable d’enquêter avant toute sanction définitive. « Il ne suffit pas de prononcer directement la sentence juste après la dénonciation », déclare-t-il. Il suggère que les mises en cause et les victimes ainsi que les parents de cette dernière soient écoutés et que des enquêtes approfondies soient menées avant toute décision.
La loi N°2022-020, qui a été unanimement adoptée par l’Assemblée nationale, vise à garantir un environnement scolaire sûr pour les apprenants, en sanctionnant sévèrement des actes tels que l’atteinte à l’intimité, les attouchements, le harcèlement sexuel, la pédophilie et le viol. Le texte prévoit des peines allant jusqu’à 10 ans de prison pour les auteurs d’abus sexuels, notamment en cas de grossesse chez une mineure de moins de 16 ans.
Cependant, malgré cette législation, le défi reste de taille. La mise en place d’un numéro vert (8250) pour signaler les cas du phénomène, est un pas en avant, mais les sanctions et des réponses judiciaires seules ne suffiront pas à éradiquer le harcèlement sexuel en milieu scolaire. Une approche plus globale, incluant la prévention, l’éducation des élèves et des enseignants, ainsi que l’implication des parents, semble indispensable.
Certes la loi représente un cadre crucial pour protéger les apprenants, il est tout aussi important d’adresser les multiples facettes de ce phénomène. Une réévaluation des dynamiques sociales, des conditions économiques, et des comportements individuels est nécessaire pour bâtir une réponse efficace et durable à ce fléau. Si non à l’allure actuelle, les écoles risquent de se vider des enseignants. Le constat est que malgré les sanctions, le phénomène s’accentue et prend une allure inquiétante. Chasser le naturel, il revient au galop.
Il faut rappeler que deux (02) enseignants ont été sévèrement sanctionnés en ce deuxième moitié du mois d’octobre 2024 pour les faits liés à ce phénomène.
El bicho