Quand les Évalas impactent sur l’administration à Lomé

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« Le chef n’est malheureusement pas là » : quand les Evala privent les citoyens de leur droit d’accès aux services publics

« Votre dossier est presque prêt. Le chef n’est malheureusement pas là. Vous allez devoir revenir. » « Celui qui devait signer votre dossier n’est pas là. Il a voyagé pour une semaine. Repassez après.» « Vous allez patienter encore le temps que votre dossier soit signé. Personne n’est là pour signer cela pour vous. » Ces phrases devenues presque rituelles dans les couloirs de nombreuses administrations togolaises durant la période des Evala, cela symbolise une immigration administrative qui prive les administrés de leur droit d’accès aux services publics. La période est marquée par un ralentissement, voire l’arrêt quasi-total de plusieurs services publics.

Chaque mois de juillet, au moment où les Evala, rites initiatiques et luttes traditionnelles en pays Kabyè battent leur plein dans la région de la Kara, l’administration publique togolaise, elle, se vide de ses Directeurs et chefs de services. Ces cadres supérieurs qui sont souvent des figures influentes du régime, désertent bureaux et dossiers pour élire domicile temporairement à plus de 420 km de la capitale, Lomé.

Une migration administrative vers Kara

Ce déplacement massif n’est pas seulement culturel ou familial. Il est aussi et surtout stratégique. La période des Evala, au-delà de son importance socioculturelle, est devenue un moment crucial de positionnement, de repositionnement et de rapprochement des cercles décisionnels. Signer sa présence à Kara, c’est assurer sa visibilité politique et préserver sa place dans la hiérarchie. L’absence, elle, peut être interprétée comme un désengagement, voire une prise de distance mal perçue par les décideurs.

En réalité, c’est à Kara que tout se joue pendant ces quelques jours . Pour obtenir un rendez-vous avec une autorité administrative ou une figure influente du régime, mieux vaut s’y rendre. Les démarches y sont accélérées, les contacts facilités, les décisions parfois prises plus rapidement qu’au sein même des institutions officielles à Lomé.

Des conséquences graves pour les administrés

Mais cette migration institutionnelle temporaire a un coût important pour les citoyens. L’accès aux services publics devient un parcours de combattant. Les signatures se font attendre, les dossiers stagnent dans les tiroirs, et les réponses aux requêtes prennent des semaines. Un simple cachet ou une approbation peut nécessiter plusieurs déplacements infructueux de l’usager. « Votre dossier est presque prêt, mais il manque la signature du chef, qui n’est malheureusement pas là. Vous allez devoir revenir la semaine prochaine », confie un agent désabusé, lassé de devoir répéter la même rengaine à des citoyens toujours plus frustrés.

La situation exacerbe les lenteurs administratives déjà structurelles et fragilise davantage la confiance des citoyens dans les institutions. Elle crée une rupture d’égalité dans l’accès au service public, puisque seuls ceux qui peuvent se rendre à Kara ou y ont des contacts peuvent espérer une suite favorable à leurs démarches.

Une pratique dénoncée, mais qui persiste

Chaque année, des voix s’élèvent pour dénoncer cette réalité. Des citoyens et des médias ne le diront assez. Ils tirent toujours la sonnette d’alarme. Mais malgré les dénonciations récurrentes, le phénomène perdure, s’enracine et inquiète.

Dans un pays qui prône la décentralisation et l’amélioration des services publics, ce phénomène est une dérive qui bloque le bon fonctionnement du pays . Il montre à quel point certaines pratiques informelles peuvent impacter lourdement la gouvernance et l’équité d’accès aux droits des citoyens.

A quand une réelle séparation entre les engagements personnels, culturels et les obligations de service public ? Tant que cette question restera sans réponse, les administrés continueront de faire les frais d’un système qui compromet leurs intérêts …

228news.

 

 

 

 

 

 

 

 

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