Les travailleurs du secteur bancaire et de l’assurance du Togo maintiennent toujours la flamme des revendications axées sur le respect des droits et l’amélioration des conditions des travailleurs. Au-delà de l’aspect festif de la Journée internationale des travailleurs, les responsables syndicaux n’ont pas fléchi devant les employeurs et les autorités. Baba Awoula Yati du Synbank et son homologue du Synassur ont sorti les vérités vendredi lors de la traditionnelle fête du 1er mai que beaucoup de travailleurs commémorent dans l’ignorance totale.
Au Togo, les syndicats du secteur financier et de l’assurance ne désarment pas face aux injustices orchestrées par leurs employeurs et le silence coupable des autorités. De la tribune offerte par la Journée internationale des travailleurs, édition 2026, ils ont dénoncé une dégradation inquiétante desdits secteurs et exigent la fin des contrats d’intérim. À travers le thème « Dialogue social et travail décent, des facteurs de paix, de cohésion nationale et de développement », le Synbank et le Synassur réclament pour leurs membres des réformes urgentes et affirment leur détermination à poursuivre la lutte syndicale dans le dialogue et dans le respect des textes.
Pour eux, la caravane organisée dans les artères de la capitale togolaise n’est pas seulement festive. Au-delà, elle est revendicative et exprime leur volonté de participer activement au développement du secteur et, par ricochet, du Togo, mais dans le respect des droits des travailleurs du secteur.

Au cœur des revendications, la question des contrats d’intérim, qui ne « garantissent pas les clauses de la confidentialité des informations financières et précarisent les emplois », selon eux. Les syndicats exigent leur suppression pure et simple, dénonçant un système qui fragilise les travailleurs tout en exposant le secteur à des risques éthiques et professionnels.
Cette alerte sociale intervient dans un contexte financier préoccupant. Les statistiques de 2024 et 2025 révèlent un paysage bancaire togolais en nette dégradation comparé à l’UEMOA. En 2025, le taux brut de dégradation du portefeuille de crédit atteint 13 %, contre 7 % en 2024, un niveau largement supérieur à la moyenne régionale, qui se situe autour de 9,1 %. Pendant que l’Union tend vers un assainissement progressif, le Togo, lui, enregistre une hausse marquée des créances douteuses, signe d’un risque de crédit croissant.
Selon les chiffres révélés par Baba Yati Awoula, malgré cette dégradation, le pays affiche une croissance de 22 % des nouveaux crédits bancaires à fin septembre 2025. Une dynamique paradoxale qui masque les fragilités structurelles du système. Dans la microfinance, la situation est tout aussi alarmante : le taux de dégradation atteint 6,7 %, soit plus du double de la norme communautaire fixée à 3 %, avec une explosion de 49,2 % des crédits en souffrance en trois ans.
Face à ces signaux inquiétants, les syndicats appellent au renforcement de l’analyse des risques. Pour eux, le problème est aussi interne, notamment en matière de gouvernance et de formation. Depuis 2018, le Centre de formation bancaire du Togo « ne joue plus son rôle », déplorent-ils, dénonçant une absence d’évolution malgré les promesses de plan stratégique.
Le cas de SUNU Bank Togo illustre, selon eux, ces dysfonctionnements. Entre sanctions répétées et problèmes de gouvernance relevés par la Commission bancaire de l’UMOA, les syndicats pointent la responsabilité des dirigeants et dénoncent des décisions jugées discriminatoires envers certains travailleurs.
Au-delà du diagnostic, les organisations syndicales affichent leur détermination à poursuivre la lutte pour défendre les droits matériels et moraux des travailleurs. Elles appellent leurs membres à plus de professionnalisme au sein de la corporation, tout en exhortant leurs camarades à éviter fraudes, délits d’initié et conflits d’intérêts.
Leurs revendications s’adressent également au patronat et au gouvernement. Outre la suppression des contrats de placement, elles réclament la création d’un fonds commun pour la formation continue, l’application effective des principes de l’Assurance Maladie Universelle (AMU), ainsi qu’un contrôle renforcé des institutions financières pour protéger l’épargne publique et préserver les emplois.
En filigrane, il s’agit de restaurer un secteur financier fragilisé, dans un contexte où le Togo semble décrocher par rapport à ses voisins de l’UEMOA. Et face à cette réalité, les travailleurs préviennent qu’une mobilisation ne faiblira pas et comptent renforcer leurs synergies pour renverser la courbe.
228news.