La colère qui gronde aujourd’hui dans le secteur des banques et des assurances au Togo n’est pas une simple agitation syndicale. C’est le cri d’un malaise profond. Depuis des années, les institutions financières implantées dans le pays sont dirigées par les expatriés. Et ceux-ci imposent leur loi sans jamais se soucier des textes qui régissent ces secteurs. Des abus, des harcèlements et autres formes d’injustice règnent en maître ; et les employés subissent un traitement différent selon qu’ils sont togolais ou étrangers.
Que disent les syndicats ? Que les textes ne sont pas respectés. Que les travailleurs ploient sous des pressions incessantes. Que des cas de harcèlement sont tolérés, presque banalisés. Et que, dans le sillage de cette gouvernance brutale, une douzaine de vies ont déjà été brisées. Des décès liés aux conditions de travail telles que salaires maigres…alors que les mêmes banques affichent des bilans triomphants à la fin de chaque exercice. La faillite ne peut donc pas être prise comme un argument pour justifier le licenciement des travailleurs.
Il y a là une absurdité criante : ce qui serait inacceptable dans les pays d’origine de ces dirigeants devient soudainement tolérable ici. Comme si le togolais devait se contenter des miettes de la dignité au travail.
Les syndicats ont raison d’interroger cette évidence trop longtemps avalée : pourquoi maintenir des expatriés à la tête des institutions bancaires et d’assurances , si leurs méthodes importées ne font qu’alimenter crises et tensions ? Pourquoi ne pas placer les compétences locales capables d’assumer cette gouvernance avec respect et responsabilité ?
L’affaire dépasse les simples doléances salariales. Elle met en exergue un rapport de force qui confine parfois à la domination coloniale, là où il devrait y avoir partenariat et co-construction. Le travailleur togolais n’est pas une variable d’ajustement ni un pion corvéable à merci.
Si rien ne change, les syndicats promettent de durcir le ton. Et il faudra bien que ceux qui tiennent les rênes des banques comprennent que la patience des travailleurs n’est pas un crédit renouvelable.
228news.