Après plusieurs tentatives infructueuses de mobilisation depuis 2017, l’opposition togolaise et la société civile comptent de nouveau descendre dans les rues. Elles annoncent une grande manifestation le dimanche 23 mars 2025 pour protester contre la nouvelle constitution qui instaure désormais un sénat et une nouvelle République. Malgré la note d’interdiction du ministère de la décentralisation, cela ne semble pas entamer le moral des initiateurs qui continuent par appeler à la mobilisation.
Pour Jean-Pierre Fabre, président de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), cette réforme est une « forfaiture ». Paul Dodji Apevon des Forces Démocratiques pour le Renouveau (FDR) parle de quant à lui, d’une « bêtise ». Leur objectif est de remobiliser la population contre un système qu’ils jugent conçu pour perpétuer le règne de Faure Gnassingbé, en le plaçant à la tête du Conseil des ministres.
Un remake de 2017 ?
Le professeur David Ekoué Dosseh, figure de proue de la société civile, voit dans cette initiative le début d’une nouvelle mobilisation. « C’est le début de la resensibilisation, le début de la remobilisation », a-t-il déclaré lors du lancement du cadre de lutte contre la nouvelle Constitution.
Ce scénario rappelle les grandes manifestations du 19 août 2017, qui avaient secoué le régime. A l’époque, l’opposition réclamait le retour à la Constitution de 1992, qui limitait le mandat présidentiel à deux . Ces marches avaient rassemblé des milliers de Togolais à Lomé, dans d’autres villes Du pays et dans la diaspora. Ce qui avait mis le pouvoir sous pression.
Depuis, l’opposition a eu du mal à remobiliser. Son incapacité à redonner vie à la lutte politique à travers la mobilisation des populations, les guéguerres, les guerres de leadership et le tout couronné des arguments du régime actuel qui a souvent invoqué la COVID-19 et l’insécurité pour interdire ou disperser les rassemblements, ont refroidit la lutte qui avait atteint son niveau record en 2017 avec le Parti National Panafricain (PNP) de Salifou Tikpi Atchadam. Après la présidentielle de 2020, plusieurs manifestations annoncées contre la réélection de Faure Gnassingbé ont été interdites ou ont tourné court.
Dès lors, une question se pose : l’opposition réussira-t-elle cette fois à reproduire l’élan populaire de 2017 ?
Une réforme toujours contestée
Le passage à la Cinquième République continue de susciter une forte opposition. Plusieurs voix réclament le retour à la Constitution de 1992, déjà au cœur des mobilisations de 2017.
Les détracteurs du nouveau régime parlementaire dénoncent une manœuvre visant à maintenir Faure Gnassingbé au pouvoir, malgré la fin de son mandat présidentiel dans quelques semaines. En devenant Président du Conseil des ministres (PCM), il resterait aux commandes du pays sous une autre forme.
Le bras de fer entre le pouvoir et ses opposants semble loin d’être terminé. La mobilisation du 23 mars sera un grand test pour mesurer la capacité de l’opposition à rassembler à nouveau les Togolais contre ce quelle qualifie de « dérive » du pouvoir.
Dans la foulée , douze (12) autres formations politiques et de la société civile ont fait une déclaration dite « Déclaration du 20 mars » pour, dit-t-elles, faire échec à la constitution du 06 mai 2024. Celles-ci ont également appelé le peuple togolais dire non à ce quelles qualifient de « coup d’Etat constitutionnel ».
Réédition de 2017 ou simple feu de paille ? Wait and see.