La morgue du CHU Sylvanus Olympio est de nouveau à la traine. Le blason de ce service funèbre redonné il y a quelques années par l’ancienne équipe dirigeante baigne de nouveau dans un bourbier. En effet, un tour sur le site actuellement fait état d’une atmosphère nauséabonde, avec des odeurs insoutenables dues au manque d’entretien adéquat des lieux. En plus un vaste réseau de corruption gangrène toute la chaine de gestion du service que déplore la Rédaction.
A l’approche même des lieux, l’odeur qui se dégage donne une nausée aux visiteurs, voire une envie de vomir. Un tour dans les chambres froides où sont stockés les corps des défunts offre un effarant spectacle. Des corps entassés comme des poissons dans des casiers, éparpillés çà et là, foulés comme des tapis par des agents. A côté de ces odeurs irrespirables, on y trouve également des traces de sang, des tissus ensanglantés qui jonchent les allées, les couloirs, et autres endroits du service. En lieu et place d’un entretien digne de ce nom afin de rendre l’endroit plus sain, les surveillants des corps et autres employés de la morgue communément appelés « morguiers » perçoivent au minimum un litre d’alcool local appelé « sodabi » pour, disent-ils, atténuer l’odeur ou immuniser leur odorat. De ce fait la visite des parents de défunts à la morgue afin de superviser les corps devient une corvée. Quid de la gestion du service ?
Un réseau mafieux de corruption, d’escroquerie et de trafics en tout genre sévit à la morgue actuellement, faisant perdre à l’Etat togolais des sommes considérables.
Le dépôt d’un corps à la morgue relève du parcours de combattant. De commission en commission, de l’accord de tel à tel, cette opération coûte les yeux de la tête à familles des personnes décédées. Au-delà, de la vente de produits d’entretien et vestimentaires jusqu’au celle des cercueils, un marché noir s’est enraciné sur les lieux. Les personnes décédées déposées à la morgue deviennent ainsi une marchandise qui permet à chacun de faire son petit commerce. Aussi observe-t-on chaque jour sur les lieux cette particulière et curieuse affluence avec des laveurs qui s’activent. Le lavage d’un corps varie entre 15.000F CFA et 20.000F CFA voire plus, d’après les informations recueillies. Le prix de la visite d’un corps est fixé à 1.000 F CFA. Avec quelques billets de plus, vous garantissez l’entretien du corps de votre défunt. Le formol dont l’usage sur les corps doit être automatique se discute et est même accessible auprès des laveurs, des surveillants de la morgue. D’après les témoignages de quelques familles de défunts, ce trafic implique tout le personnel et les dispose même des ramifications dans l’administration du service.
Un trafic d’organes humains aurait également cours au sein de la morgue selon certaines indiscrétions. En effet, la majorité des casiers où sont stockés les corps ne répondant plus, occasionnant une décomposition des corps souvent, c’est la théorie du « Rien ne se perd, rien ne se crée ; tout se transforme » de Lavoisier qui est devenu la règle.
Certains gardiens se livreraient ainsi à un trafic de ces organes avec des personnes tout aussi mafieuses et peu recommandables. Tout ce trafic s’intensifie malgré des mesures prises par le ministère de la santé en collaboration avec l’Office Togolais des Recettes (OTR) en l’occurrence l’équipement des lieux d’un système de caméra, la fermeture de la porte principale, un nouveau protocole dans le service pour les formalités de dépôt, l’affichage des panneaux sur lesquels sont peints les différents prix des prestations des services à verser à la caisse de l’hôpital.
Sur un de ces panneaux, on peut lire par exemple le dépôt d’un corps qui est fixé à 10.500F CFA, la formolisation à 3.500 F CFA le litre, à raison de trois à quatre litres de formol par corps… le tout pour un total de 38.500 F CFA environ pour les cinq premiers jours. A partir du 6ème jour, les frais de dépôts passent à 4.000 F CFA par jour et à partir du 11ème jour, à 6.000 F CFA par jour. Il est affiché qu’aucune négociation n’est tolérée.
Néanmoins, la situation qui prévaut actuellement est désastreuse et n’honore pas ce grand hôpital de Lomé, même si à l’analyse de ces mesures, le détournement des fonds et les trafics en tout genre ne devraient plus avoir court. Le constat actuel fait état de l’inefficacité de ces mesures, couplé à une mauvaise qualité des prestations de service, d’autant que les mesures ne prennent en compte que le côté financier des prestations.
Il urge que des mesures adéquates soient prises afin de décourager ce trafic et de ramener la sérénité dans la maison afin de restaurer à la morgue sa noblesse d’il y a quelques temps, ainsi que de prendre en considération la bourse des familles des victimes dans les transactions.
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