Présentée comme un tournant décisif dans la lutte contre les groupes jihadistes, l’acquisition par le Mali de drones de combat turcs Bayraktar Akıncı soulève aujourd’hui de nombreuses interrogations. Si ces appareils symbolisent une montée en puissance technologique des Forces armées maliennes, les conditions de leur achat et leur impact réel sur la sécurité nationale restent entourés de flous persistants.
Au total, six drones Akıncı, capables d’opérer à haute altitude et sur de longues distances, ont été acquis pour un coût estimé à 210 millions de dollars. Un investissement colossal pour un pays confronté à de multiples urgences économiques et sociales. Déjà, le bilan opérationnel apparaît mitigé : deux drones ont été perdus, l’un lors d’un accident survenu pendant un entraînement, l’autre abattu par l’Algérie. Cet incident a d’ailleurs provoqué une grave crise diplomatique entre Bamako et Alger, ravivant les tensions régionales.
Au-delà des pertes matérielles, c’est surtout la nature du contrat qui intrigue. L’accord d’acquisition, initialement classifié et dont des éléments ont récemment fuité, n’a pas été signé par le ministère de la Défense, comme l’exige la pratique habituelle, mais par l’Agence nationale de la sécurité d’État (ANSE), un service de renseignements. Ce montage institutionnel aurait permis de contourner les mécanismes classiques de contrôle public et budgétaire, alimentant les soupçons d’opacité dans la gestion des finances sécuritaires.
Le document contractuel mentionne non seulement la livraison des drones, mais aussi les équipements annexes, la formation des opérateurs et les munitions. Il fait également état d’une remise exceptionnelle de 110 millions de dollars accordée par le constructeur turc Baykar, un détail jugé pour le moins inhabituel par plusieurs experts militaires et financiers, qui y voient un possible indice de pratiques non transparentes.
Ces révélations nourrissent les soupçons de financements occultes et de rivalités internes au sommet de l’État, notamment entre la présidence et le ministère de la Défense. Elles posent aussi la question de l’efficacité réelle de cette stratégie militaire, alors que les frappes de drones continuent d’occasionner des victimes civiles sans parvenir à enrayer durablement l’insécurité. Plus qu’un outil miracle, le contrat des drones Akıncı apparaît ainsi comme le révélateur d’une gouvernance sécuritaire contestée et opaque au Mali.
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