Il y a des hommages qui sonnent comme un aveu. Celui rendu à Nibombé Waké, ancien gardien de but togolais devenu invalide après l’attentat de Cabinda en 2010, en fait partie. Pendant des années, l’homme a crié sa solitude, déploré l’indifférence des autorités sportives et dénoncé son abandon. Aujourd’hui, alors qu’il n’est plus, les gestes de reconnaissance se multiplient. Trop tard.
Une délégation conduite par le ministre délégué chargé de la Jeunesse et des Sports, Abdoul Fahd Fofana, accompagnée du président de la Fédération togolaise de football (FTF), le colonel Guy Kossi Akpovy, s’est rendue lundi 3 novembre au domicile du défunt. L’objectif était de présenter les condoléances officielles, exprimer la solidarité des autorités et apporter un soutien à la famille éplorée.
Mais cette scène, bien que solennelle, laisse un goût amer. La famille va-t-elle aujourd’hui recevoir ce que l’homme réclamait de son vivant notamment l’attention, les soutiens et considération ?
Une carrière bâtie sur le courage et le sacrifice
Décédé le 16 octobre 2025, Nibombé Waké était plus qu’un gardien de but. Il était une véritable légende. Figure respectée du football national, il a incarné la passion, l’humilité et le sens du devoir.
Elément clé de la sélection nationale à la fin des années 90, Waké s’était illustré lors de la CAN 1998 au Burkina Faso, et faisait partie du groupe ayant participé à la CAN 2000. Son engagement et son talent ont inspiré toute une génération de gardiens togolais. Plusieurs d’entre eux disent encore aujourd’hui s’être identifiés à son style, à sa rigueur et à sa loyauté envers le drapeau.
L’attentat de Cabinda : la blessure qui n’a jamais cicatrisé
Le 8 janvier 2010, le bus transportant les Éperviers du Togo est mitraillé à Cabinda (Angola), alors que l’équipe se rendait à la CAN. Waké est grièvement blessé. Il ne reviendra jamais totalement de ce traumatisme. Invalide, meurtri physiquement et mentalement, il déclare à plusieurs reprises se sentir « abandonné », « laissé pour compte », sans réel soutien de la part des autorités. L’homme se battait pour sa survie pendant que son nom résonne chez les jeunes et enfants comme un héro national qui défendait avec ardeur, le drapeau togolais.
Pendant que les années passaient, il cherchait un accompagnement médical et social digne du sacrifice qu’il avait fait pour la nation. En vain. Plusieurs de ses vidéos devenues virales sur la toile, faisait état d’une légende abandonnée et déprimée.
Des hommages… mais après la mort
Le jeudi 6 novembre, une cérémonie officielle organisée au siège de la Fédération togolaise de football a rassemblé autorités, personnalités sportives, anciens internationaux et supporters. On a salué la mémoire d’un « illustre serviteur du football togolais ».
Les discours ont afflué. Les témoignages aussi. On salue aujourd’hui l’homme, son parcours, sa loyauté, son dévouement.
Et pourtant…
A quoi sert cette pluie d’hommages à un homme devenu inerte, pourtant laissé pour compte de son vivant ?
Hommages tardifs, leçon pour l’avenir
Rendre hommage, c’est bien. Soutenir un héros quand il est encore là pour entendre ces mots, c’est mieux. C’est même ce qui recommandé la morale.
Nibombé Waké n’avait pas besoin de gerbes de fleurs. Il avait besoin de présence, des soutiens, de reconnaissance et de dignité… Sa disparition doit être plus qu’une émotion collective et doit être un électrochoc, un rappel brutal.
Les anciennes gloires ne doivent plus être honorées seulement lorsqu’elles passent l’arme à gauche.
Que la mémoire de Nibombé Waké reste vivante. Et surtout, que son histoire ne se répète plus.
Il faut noter que les autorités n’ont jamais démenti les propos dans lesquels le désormais défunt les accusait.
228news.