search
Let's put someting here

Interview exclusive de M. Sédiko Douka, directeur de l’Unité de Préparation et de Développement des Projets d’Infrastructure (PPDU) de la CEDEAO

Spread the love

 

« …. l’un des gros défis des infrastructures en Afrique de l’Ouest, c’est le manque de bancabilité ou de viabilité des projets…., on donne plus priorité aux projets régionaux qui ont une grande intégration économique régionale … »

Dans son infatigable marche vers l’émergence ,l’Afrique dans sa clairvoyante sagesse ,ne s’embarrasse d’aucun état d’âme pour changer les paradigmes de la structuration classique de ses infrastructures et de sa gestion .Dans les faits tangibles propres à l’accélération des objectifs de son émergence ,la 41ème session ordinaire de la conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO a souligné l’importance des infrastructures dans l’amélioration de la compétitivité et de la croissance de la région .Elle a par conséquent instruit la commission de la CEDEAO d’intensifier ses efforts de développement des infrastructures régionales et de mobilisation des ressources nécessaires à cet effet .Par la conviction grandissante de rendre opérationnelles les recommandations des Chefs d’Etats et de Gouvernement, un atelier a réuni les experts des Etats membres de la CEDEAO et autres parties prenantes ainsi que des Cadres des Départements de la commission chargés des secteurs du transport ,de l’énergie ,des technologies de l’information et de la communication(TIC),et des ressources en eau. Depuis ,il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’aujourd’hui l’Unité de préparation et de Développement des Projets d’infrastructures(PPDU), Agence Spécialisée de la CEDEAO est à pied d’œuvre pour décrisper et identifier les besoins en infrastructures régionales pour répondre aux exigences de l’Afrique de l’Ouest .M .Sédiko DOUKA ,Directeur du PPDU, lors de l’atelier de validation du rapport sur le projet du plan directeur des infrastructures en Afrique de l’Ouest, tenu du 09 au 11 aout 2016 dernier à Lomé s’est confié à l’hebdomadaire panafricain Vision d’Afrique. Dans un style simple et direct, il a présente le PPDU ,ses attributions, ses défis ; l’importance du plan directeur validé .Il parle également du niveau d’intégration de la CEDEAO.

    Vision d’Afrique (VDA) : Bonjour Monsieur Sédiko DOUKA. Vous inaugurez l’avènement du PPDU Unité de Préparation et de Développement des Projets d’Infrastructures basée à Lomé comme Directeur ; Présentez –nous l’Unité, ses attributions et son Directeur que vous êtes

Sédiko Douka (SD) : je suis Sédiko DOUKA, Directeur de l’Unité de Préparation et de Développement des Projets d’Infrastructures (PPDU) de la CEDEAO. Nous intervenons dans le domaine des transports (routier, maritime, fluvial, aéroportuaire, chemin de fer), de l’énergie sous toutes ses formes, les télécommunications et les ressources en eau. Le PPDU, est une Agence spécialisée de la CEDEAO. Nous sommes basés à Lomé, en République Togolaise depuis bientôt deux ans. Vous savez qu’aujourd’hui, l’un des gros défis des infrastructures, c’est le manque de bancabilité et/ou de viabilité des projets. En effet, dès que vous présentez un projet, le promoteur va vous demander sa viabilité et veut savoir si c’est bancable. Qui dit bancabilité, il faut faire des études de préfaisabilité ou de faisabilité financière, économique, sociale, environnementale, genre pour démontrer que le projet qu’on veut réaliser est vraiment soutenable et peut attirer un partenaire public ou privé. Notre rôle fondamental c’est de conduire des études de faisabilité. Il ya aussi la mobilisation des ressources. Justement, il ne sert pas seulement à rendre un projet viable. Il faut naturellement faire en sorte d’accompagner ce projet jusqu’à boucler son financement. Le PPDU intervient aussi dans le renforcement des capacités des structures nationales gouvernementales qui sont en charge de la mise en œuvre des projets dans les 15 Etats membres de la CEDEAO. Ce renforcement de capacité s’étend aux organisations intergouvernementales et sous régionales. Exemple quand vous prenez les organisations des bassins : l’autorité du bassin du Nige(ABN)r, autorité du bassin de la Volta, l’union du fleuve Mano(MRU) qui regroupe la Côte-d’Ivoire, la Sierra Leone, la Guinée et le Libéria, l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS), l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Gambie (OMVG), etc……. Tous ces organismes tissent des relations de coopération et de partenariats avec le PPDU. L’Agence conduit des études de montage des projets sans contre partie financière de la part du bénéficiaire. Nous opérons sans but lucratif car comme vous le savez, la CEDEAO ne fait pas de profits, elle est au service de la population. Les Etats bénéficient de nos appuis sous formes de dons. Les activités du PPDU sont principalement supportées par la CEDEAO et les partenaires techniques et financiers qui appuient l’Agence sous forme de dons ou de subventions. L’un ou l’autre, les bénéficiaires finaux que sont les Etats membres de la CEDEAO et autres organismes bénéficient de nos interventions sans contrepartie de leur part.

VDA : dites nous en ce qui concerne cette année 2016, quels sont les grands projets que le PPDU a eu à réaliser que ce soit bien au Togo ou dans la sous région ?

SD : comme annonce, cela fait deux ans que le PPDU est implanté. Nous avons commencé à faire des fondations c’est à dire commencer à cibler un certain nombre de projets. Parmi ces projets, on peut citer : le projet du corridor routier de Dakar-Abidjan-Lagos, près de 4500 km, les différentes boucles ferroviaires avec une interconnexion de toutes les liaisons (On a élaboré un schéma directeur dans lequel on peut citer la boucle ferroviaire qui va de Cotonou à Niamey au Niger, la boucle qui va d’Abidjan à Ouagadougou jusqu’à Niamey, une autre de Dakar en passant par Bamako, Ouagadougou jusqu’au Niger. Il y a aussi dans le Togo, la ligne Blitta jusqu’à Ouagadougou et Fada Gourma au Burkina-Faso, des lignes entre la Cote d’Ivoire, le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée, des lignes en Gambie, Guinée Bissau, Ghana et Nigeria). On peut citer aussi l’étude de faisabilité relative aux infrastructures aéroportuaires. On a ciblé près de 30 aéroports en Afrique de l’Ouest. Les principaux aéroports parce qu’il ya des Etats qui en ont plus qu’un aéroport international( deux au Togo, a Lomé et Niamtougou). Donc aujourd’hui, on a ciblé un certain nombre de projets par priorité et qui sont ceux qui nécessitent des réhabilitations-rénovations. Dans tel pays, il y a par exemple du déplacement, de la construction d’un nouvel aéroport. Quand vous prenez le Sénégal, le Benin, le Burkina-Faso, ils ont des projets de construction de nouveaux aéroports parce que l’existant est quasiment dans la ville. Pour le cas précis du Togo, vous remarquerez que le corridor Dakar-Abidjan-Lagos parcoure tout le Togo, de la frontière avec le Benin à celle avec le Ghana. Le corridor de Lomé à Cinkassé jusqu’à Ouagadougou. Ce corridor routier parcourt le Togo de l’océan jusqu’à l’extrême nord. Il faut noter aussi le réseau de gazoduc de l’Afrique de l’Ouest qui, depuis le Nigéria passe par Cotonou, Lomé, Accra et Takoradi au Ghana. Sans oublier les interconnexions électriques qui avec la CEB et le WAPP dont le Togo bénéficie. Justement, dans le domaine de l’énergie, si vous pouvez construire un barrage hydroélectrique depuis par exemple Dakar et par le jeu d’interconnexion des réseaux électriques, ça peut servir jusqu’au Togo ou inversement. C’est pour cette raison qu’il faut donner priorité aux projets régionaux qui offrent une économie d’échelle et des tarifs d’électricité compétitifs. Parce que si chaque Etat construit un ouvrage de manière isolée, il serait difficile d’avoir des couts compétitifs

VDA : aujourd’hui, quel est l’état des lieux à votre avis d’expert sur les grands défis d’infrastructures dans notre sous région CEDEAO ?

SD : Cela dépend des secteurs. Quand vous prenez le secteur de l’énergie, le taux de couverture tout compris (rural, urbain, périurbain) est quasiment près de 30%. Ce chiffre est de 8% en zone rurale. La demande d’énergie n’est couverte qu’à 60 %. Donc les 40 % de la demande d’énergie ne sont pas couverts. Les tarifs coutent très chers et ne sont pas forcément accessibles vu les revenus des populations. Sur une puissance de 26 000 MW de potentialité hydraulique, seulement 16% sont exploitées bien que la demande croit de 7% par an, soit le double tous les 10 ans. Dans le domaine aéroportuaire, vous remarquez que pour voyager en Afrique de l’Ouest, c’est vraiment difficile. Les billets coutent chers, le temps très long et les connexions ne sont pas toujours directes. Par exemple, pour aller de Lomé à Cotonou, vous pouvez passer une journée pour un vol de 15 minutes. Quand vous prenez le domaine des transports routiers, les routes sont dans un état très dégradées surtout que la CEDEAO et l’UEMOA, n’arrivent pas à mettre en œuvre la réglementation sur la charge à l’essieu pour les gros porteurs pourtant ratifiée par les Etats membres. Les couts des transports sont aussi élevés. Dans les télécommunications, les tarifs coutent très chers, le réseau n’est pas réellement interconnecté malgré une forte progression du mobile.

VDA : situez nous un peu le PPDU par rapport à l’atelier qui s’est tenu le 9 aout dernier ?

SD : l’atelier qui s’est tenu les 9, 10 et 11 aout derniers est une rencontre des experts des 15 Etats membres et d’autres organisations sous régionales, des experts en transport, en télécommunication, , en énergie et eau pour valider le projet de plan directeur des infrastructures en Afrique de l’ouest. C’est pour cela que vous avez remarqué après les plénières, des sessions parallèles scindées en groupes de travail par secteur. L’objectif est de faire une revue de ce que le consultant a proposé, de faire des observations pour que le plan soit repris, mis à jour et voir les étapes suivantes. Les Experts ont déterminé par secteur, les critères de sélection des programmes et projets ainsi que la liste des projets régionaux prioritaires. L’objectif c’est d’élaborer un schéma directeur à l’horizon 2040 de l’espace CEDEAO. On aura une cartographie des infrastructures d’ici 30 ans. C’est là notre objectif principal. Tout ceci se fait en concert avec les Etats membres qui sont réellement les principaux bénéficiaires.

VDA : votre mot de fin.

SD : mon mot de fin, c’est que j’exhorte les Etats membres et les organisations sous régionales à croire à la CEDEAO. Quand vous comparez à l’échelle africaine au niveau de ce qu’on appelle les Commissions Economiques Régionales (CER) qui sont au nombre de 5 reconnues par l’Union Africaine (UA), je vous affirme que parmi ces 5, la CEDEAO fait partie des régions les mieux intégrées. C’est l’une des rares régions où la libre circulation des personnes, des biens et des services est une réalité, on peut circuler sans visa entre les Etats. C’est un grand pas. Ce qui n’est pas le cas dans d’autres zones. Aussi, au-delà des infrastructures, la CEDEAO a réalisé beaucoup d’autres actions visibles. C’est le cas dans le domaine de paix et sécurité, les affaires politiques où la CEDEAO investit beaucoup dans les missions de maintien de paix qu’on remarque depuis les guerres au Libéria, en Sierra Leone, en Guinée Bissau, en Côte d’Ivoire et au Mali. A chaque élection, la CEDEAO investit dans l’appui aux différentes commissions électorales nationales dans le matériel électoral, dans les observateurs d’élections. Il ya aussi la monnaie unique. Vous savez, l’UEMOA a 8 pays qui a le franc CFA. Les huit pays sont tous membres de la CEDEAO. Le Cap-Vert, la Guinée, le Ghana, le Nigéria, le Libéria, la Sierra Leone et la Gambie, ont chacun sa propre monnaie. L’objectif c’est de faire une monnaie commune pour toute la zone avec une seule banque centrale le cas à l’Union Européenne.

La CEDEAO intervient dans divers domaines comme un gouvernement : infrastructures, énergie, eau, agriculture, environnement, mines, sante, éducation, culture, genre, TIC, industrie, secteur prive, commerce, douane, tourisme, libre circulation, paix et sécurité, affaires politiques, surveillance multilatérale, etc …….

Je lance un appel aux citoyens de la CEDEAO de faire confiance à cette organisation, le processus d’intégration est souvent lent mais il faut y croire,, ça va venir. Je vous remercie.

 

22 vues