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Francis Pédro Amunzun: « Le plan ? Il faut que la rue gronde, il faut que la rue gronde… »

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Après le meeting apothéose du samedi dernier qui a sanctionné les trois jours de marches pacifiques organisées sur l’ensemble du territoire par la coalition des 14 partis politiques de l’opposition, des violences ont survenus dans certains quartiers de la villes de Lomé notamment à 3K, Attikoumé, Agoè, … Francis Pedro Amunzun, membre actif de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC, opposition), témoin et victime de ces actes de violences perpétrées par les forces de défense revient sur les faits et y va de son commentaire. Lisez plutôt..

Bonjour M. Francis Pédro

Bonjour

 

Nous avions appris que avez été bastonné par les militaires, dites nous exactement ce qui s’est passé ?

Je n’aime pas trop parlé de moi, sincèrement je ne l’aime pas, mais il faut relater ce qui s’est passé pour la postérité. C’est vrai que depuis que nous avons engagé les manifestations, il y a toujours eu des problèmes au niveau de l’état major (des Forces Armées Togolaises FAT, ndlr). Nous avons tenté à maintes reprises de régler le problème avec les différentes rencontres que nous avons eu avec les ministres Boukpessi et Yark. Mercredi dernier, nous avons appris que les militaires ont barré la route au niveau de Leader Price à Agoè et en même temps au niveau de la TV2. Ils empêchaient systématiquement tout ce qui portait le rouge de passer, sur moto ou dans les véhicules, ils les descendaient et leur demander de rebrousser chemin. Le jeudi Mme Adjamagbo est allée sur les lieux leur demander des explications. La réponse est qu’ils ont reçu l’ordre de filtrer le passage. Il y a donc des gens qui peuvent passer et d’autres non ? C’est l’ordre que nous avons reçu, ont-ils rétorqué.

Après discussions, ils ont semblé céder. Alors Mme Adjamagbo et ses consoeurs sont revenues. Le samedi matin, le dispositif a été plus coriace. Le député Alphonse Kpogo qui habitait dans la zone a été bloqué alors qu’il venait à la marche. Il a tout fait, en vain. Il a carrément refusé de rebrousser chemin et a maintenu son véhicule au milieu de la voie jusqu’à ce que de gain lasse, les militaires ne le laisse passer. C’était dans la matinée. Il en a rendu compte immédiatement au Président de l’ANC qui a vainement tenté d’appeler les ministres Yark et Boukpessi.

Pendant la marche, nous avons encore eu des informations selon lesquelles les exactions continuaient  au niveau de l’état major. M. Robert a également tenté  de contacté les deux ministres qui ne répondaient pas. Les rares fois que leurs gardes ont décroché, c’était pour alléguer qu’ils sont en réunion. Je vous dis que toute la journée de samedi jusqu’à 19 heures, M. Robert a tenté de les joindre vainement.

Après la marche, tous ceux qui rentraient chez eux à la maison au niveau d’Agoè ont été empêchés au niveau de 3K, violentés. Le président Fabre a alors décidé d’aller voir ce qui se passe afin de dénouer la crise. C’est comme cela que nous sommes partis pour aller constater les faits. Arrivés au niveau de 3K, ils ont effectivement barré les deux voies avec une pléiade de militaires. Le président Fabre s’est arrêté pour leur demander ce qui se passe. Celui qui semblait être l’officier de car a répondu qu’ils ont reçu l’instruction de filtrer le passage, ce qui est extrêmement grave. Le président a alors décidé de passer. Sa voiture a foncé un tout petit peu et les gendarmes ont laissé le passage. C’est en ce moment que la Garde présidentielle nous a barré la voie avec leur jeep et un autre véhicule garé au fond. Nous nous sommes donc arrêtés et le président a continué par discuter avec les gendarmes qui étaient là.

Moi j’étais adossé à la voiture de M. Alphonse Kpogo quand subitement 3 bérets verts descendent de leur jeep et ont couru vers moi. Tour à tour je reçus des coups de matraque n’importe comment. Dieu merci, j’ai eu un sang froid comme jamais parce que je pouvais prendre un parmi eux et lui faire du mal. J’ai donc heureusement eu la clairvoyance d’appréhender le vrai sens de leur attaque. C’est une provocation qui attendait ma riposte afin de justifier une violence sur le président Fabre. Ils voulaient avoir une occasion de tirer et c’était le président qui était visé. Je suis alors resté statique à subir la pluie de matraque. Heureusement que je n’ai pas reçu de coups sur la tête. Je ne savais pas que Mme Susanne Nukafu était en train d’observer la manière dont j’étais roué de coups. Elle venait donc à mon secours quad un béret vert s’est dégagé et est allé lui donné un coup de pied ; la pauvre s’est effondrée et je ne puis vous dire la suite de ce qui lui est arrivé, tant les deux autres se sont acharnés sur moi.  Peu après, un a quitté et a pourchassé un zémidjan qui observait la scène. Le coup qu’il s’apprêtait à donner à ce dernier qui a riposté, pouvait lui être fatal puisqu’il a visé la nuque. Je félicite ce Z man d’avoir répliqué sérieusement. Il a donné un coup au militaire qui est tombé à la renverse. Quand il a voulu se relever, le Z man lui a encore donné un coup. Moi je l’ai regardé faire et malgré mon envie, je ne pouvais rien faire car j’étais dans l’escorte du président national de l’ANC. Je ne pouvais pas me comporter comme un vulgaire bandit, c’est pour cela que je me suis laissé et ils ont fait leur basse besogne. Mais face au Z man, je ne savais pas que les militaires togolais étaient aussi peureux. C’est à quatre pattes qu’il a couru vers son véhicule.

Peu après tout cela, la Garde présidentielle a commencé par tirer des gaz lacrymogènes sur nous, croyant que nous allons fuir. Nous n’y avons pas cédé. Le président est resté statique, nous également. Il y a avait un militaire qui dégoupillait sa grenade et un autre sur la jeep qui possède des or de Staline avec lesquels il tirait les lacrymogènes. Nous étions là jusqu’à ce que le président reçoive un coup de fil et nous annonce que l’appel venait d’un haut responsable ghanéen et que nous devons rebrousser chemin. Voilà à peu près ce qui s’est passé. Si nous sommes debout c’est par la grâce de Dieu. Tout cela nous galvanise et personnellement, si marche il doit y avoir lieu prochainement, je souhaiterais qu’on aille le faire là bas et s’ils doivent nous tuer qu’ils le fassent, mais je vous assure qu’ils partiront.

 

Ce qui vient de se passer ne va-t-il pas porter un coup au dialogue en vue ?

Je ne sais pas pourquoi tous les Togolais s’accrochent à un dialogue. Moi je ne veux pas parler de dialogue, parce qu’on en a tellement fait. Les résultats, vous les voyez. Vous allez en dialogue, ils vous tabassent, ils vous violentent, ils vous fracassent la tête, vous cassent les bras, vous tuent, vous allez en dialogue et vous trouvez un terrain d’entente, ils remettent tout en cause et remettent le cycle pour que vous retourniez en dialogue. Non c’ »est fini, nous sommes des humains et nous pouvons mener des discussions, mais un dialogue, je crois que c’est est trop. C’est fini, comment voulez-vous qu’on dialogue avec des gens qui sont des brutes et qui n’ont aucune éducation, y compris leur chef parce que je ne peux pas croire qu’au Togo, nous sommes en ségrégation raciale. C’est aux USA que les noirs ne pouvaient pas s’assoir dans un bus avec les blancs ou emprunter certaines voies mais cela s’est arrêter depuis, tout comme en Afrique du Sud où Mandela a fini avec cela depuis, et Faure Gnassingbé veut ramener cela au Togo ? Cela ne se passera pas. Ce gamin est en train de nous énerver. Je le dis ainsi parce que je suis son grand frère de plusieurs années. Je ne peux pas permettre que mon petit frère de plusieurs années m’emmerde tout le temps et je le dis avec force. Le Togo n’est pas sa propriété privée. Le Togo m’appartient aussi. Cela veut dire quoi s’on envoie des brutes qui ne peuvent pas nous cirer les bottes, nous maltraiter tout le temps et nous allons nous laisser faire ? La prochaine fois qu’un militaire mettra la main sur moi, il n’a qu’à bien regarder le soleil car il ne le reverra plus, c’est clair.

 

Le constat est établi aujourd’hui qu’après chaque manifestation, les militants sont chassés, matraqués, même déshabillés s’ils portent la couleur rouge. Que comptez-vous faire prochainement pour empêcher cela ?

Mais qu’est ce que vous voulez que nous fassions ?

 

Vous ne voulez pas passer un message à l’opinion internationale ?

Vous savez, la communauté internationale ne vient qu’en appui. C’est à nous Togolais de faire ce que nous avons à faire, de dire non aux Gnassingbé et leurs affiliés. Nous ne sommes pas seuls à avoir été violentés. Mme Adjamagbo qui rentrait chez elle avec certains de nos collègues ont essuyé des impacts de grandes lacrymogènes. Dans quel pays on est. On nous dit que la marche est pacifique et quand nous devons rentrer, nous recevons la ration de la part des militaires parce que ce sont eux qui gouvernent ce pays ?

 

Vous n’êtes plus vice président de la CENI puisqu’une nouvelle équipe dirige la CENI…

Vous pensez que quelque chose se passe là bas ? Celui qui pense qu’il dirige là bas, savez-vous qui il est ? Ceux qui composent cette CENI, savez-vous qui ils sont ? Nous nous le savons donc attendez vous allez voir. Il y a toujours des malins qui savent tirer des marrons du feu mais cette fois ci nous tous nous allons danser. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que j’ai été violenté. Souvenez-vous à la CENI où j’ai été proprement violenté avec mes autres collègues. Mercredi dernier, M. Yark a taillé quelque chose sur moi que j’ai diit qu’il faut qu’on violente les Hausa du Togo alors que je n’ai jamais rien diut de tel. Il faut qu’on arrête çà. La mobilisation leur fait peur. Un monde fou comme cela une fois, deux fois et ils prendront la clé des champs.

 

Quel est votre plan en l’état actuel ?

Le plan ? Il faut que la rue gronde, il faut que la rue gronde, c’est fini, c’est le plan.

 

Certains estiment que la rue seule ne suffit pas…

Vous pensez qu’ils y sont indifférents ? Moi je sais qu’ils n’y sont pas. J’ai des informations que je ne peux pas partager avec vous. J’ai ma tête sur les épaules mais je puis vous affirmer qu’il n’y a plus de sommeil là bas. Si c’est le cas par exemple, M. Gilchrist n’allait pas fuir le bateau.

 

Et les récentes sorties de Faure Gnassingbé aux côtés des populations ?

C’est maintenant qu’il trouve qu’il est le président d’un peuple. Voilà un président de la République dont son gouvernement a sorti un décret pour bannir les sachets plastiques et pour montrer son humanité aux côtés de ce peuple, il va payer du pain dans ces mêmes plastiques ? Un humaniste qui nous envoie la soldatesque, des brutaux ?

 

Un mot à l’endroit de la diaspora pour clôturer notre entretien ?

Je dis merci à la diaspora, courage à elle qui a compris cette fois ci que la lutte doit se faire à l’intérieur comme à l’extérieur. Je veux seulement leur demander de ne pas trop se donner à des drôleries, et se fier trop à tout ce qui se raconte sur les réseaux sociaux surtout whatsAp, de s’informer réellement de la réalité sur le terrain qui est toute autre. Nous devons tous nous serrer les coudes pour pouvoir mettre fin à un régime cinquantenaire qui fait mal. Même avec un couteau sur la gorge, nous dirons toujours ce qui doit être dit que le droit divin du peuple est toujours au dessus du droit divin du roi, disait Confucius il y a 1700 ans en l’an 400, ce qui veut dire seul le peuple est souverain.

Interview réalisée par le 228news

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