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27 ans de combats, d’espoir déçu, de crises interminables et de barbaries du clan Gnassingbé

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Cela fait exactement 27 ans que le peuple togolais a commencé sa longue et difficile lutte pour se libérer de la dictature impitoyable de feu Gnassingbé Eyadema et des barons du RPT (Rassemblement du Peuple Togolais). Depuis sa prise de pouvoir le 14 avril 1967 après les deux coups d’Etat du 13 janvier 1963 au cours duquel le premier président du Togo Sylvanus E. Olympio fut assassiné et celui du 13 janvier 1967 ou le président Nicolas Grunitzky fut destitué sans effusion de sang, le président Eyadema eut à diriger avec une main de fer le Togo. Dès son arrivée à la tête du pays, Eyadema décida de la dissolution de tous les partis politiques. Selon lui, la division, les problèmes de gouvernance politique et socio-économique qui assaillent le pays viennent en grande partie des rivalités et des animosités qui existent entre les membres des différents partis politiques qui animaient à l’époque la vie politique du pays.

C’est ainsi que pour combler le vide laissé par la dissolution des partis politiques, le Président Eyadema lança en grande pompe le 30 août 1969 à Kpalimé un mouvement où viendront se joindre toutes les énergies de la nation. Pour les concepteurs et les géniteurs de ce mouvement, dont la tête de pont est Edouard Edem Kodjo, ce sera un vaste creuset dans lequel se retrouveront tous les fils et filles du pays.

Ce parti politique dénommé Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) devint d’année en année l’instrument d’oppression du peuple. Le RPT restera à n’en point douter la plus terrible machine d’écrasement des aspirations profondes des togolaises et togolais. Devenu plus tard un parti-Etat, le RPT fut l’instrument de propagande du régime militaro-ethnico-fasciste d’Eyadema.

La répression de toutes contestations, la promotion de la pensée unique, le principe de « nous devons tous regarder dans la même direction », le culte de la personne d’Eyadema à travers l’animation politique sont devenus le lot quotidien des togolais. La situation délétère qui régnait dans le pays avait transformé le peuple en « choses du Roi ». Personne ne pouvait dire autre quand la volonté de « dieu de la terre » est dite.

Eyadema, l’animation politique et les FAT

Arrivée à une époque de ses trente-huit ans à la tête du pays, le président Eyadema devint un véritable paranoïaque qui voyait partout des menaces sur son pouvoir et trouvait dans chaque action contraire à sa volonté une tentative de coup d’Etat. C’est ainsi que nous eûmes l’épisode  du fameux « complot des professeurs » en 1977. Suivirent les coups des frères Lawson et de Souza sans oublier la liquidation physique des colonels Chango, Koffi Kongo et autres.

Pour Eyadema, l’équation à l’époque était simple : ou tu es avec moi, tu m’adules et  tu vis ou tu es contre moi, tu n’es pas avec moi et tu meurs.

En 1974, lorsque le 24 janvier, le DC-10 qui amenait Eyadema et sa clique de courtisans de Lomé à Kara sa ville natale s’écrasa à Sarakawa, ce fut l’hystérie collective. Pour  les barons du RPT, c’est un complot de l’impérialisme international qui voulait tuer Eyadema pour accaparer des phosphates de Kpémé. Dans l’euphorie générale née de ce prétendu complot, la Compagnie Togolaise des Mines du Bénin (CTMB) fut nationalisée et devint l’Office Togolais des Phosphates (OTP).

Ce fut le début de la radicalisation dictatoriale du régime de l’ex-président Gnassingbé Eyadema.

Copiant sans vergogne son ex-ami et ex- dictateur Mobutu Sese Seko Kutugbangu Wa Zabanga, le Président Etienne Eyadema renia son nom d’Etienne au profit de Gnassingbé et décréta  l’animation politique l’outil principal de propagande de sa politique de répression et d’abrutissement du peuple.

Hormis le fait que par l’animation, on nous ait menti que « heureux le peuple qui chante et qui danse », l’animation politique était devenue un haut lieu de prostitution de la femme togolaise, une haute sphère de mensonges et de dénigrements de l’autre. Des parents se sont retrouvés en prison suite à la dénonciation de leurs filles à qui ils avaient refusé de faire partie des groupes d’animation.

En plus de l’animation politique, Eyadema a patiemment mis en place le bras armé du Rassemblement du Peuple Togolais qui reste l’armée togolaise. Composée en grande partie des togolais de l’ethnie Kabyè et de ceux issus de la partie septentrionale du pays, l’armée et les forces de sécurité étaient et restent des instruments de répression barbare de toutes les contestations du peuple. La terreur que l’armée a instituée sous les ordres d’Eyadema dans le pays est terrible et sans égale dans aucun pays de la sous-région Ouest-africaine. C’est dans ces conditions que le vent de l’Est souffla sur le monde et que le discours de la Baule fut prononcée par l’ex-Président François Mitterrand pour la démocratisation des pays africains.

Eyadema et le RPT ont voulu résister àces évènements mal leur en est pris. Malgré les mensonges du comité central du RPT qui a eu à sillonner tout le pays pour avoir l’avis du peuple sur la démocratie, le peuple se souleva un jour pour se libérer de la dictature d’Eyadema.

Le 5 octobre 1990 : le jour de la révolte

Lorsque le Président envoya ses émissaires du comité central dans tout le Togo, pour demander si oui ou non le peuple est prêt et veut la démocratie, la réponse qui a été ramené des profondeurs du pays est que le peuple ne veut pas de la démocratie. Ce qui en réalité est un gros mensonge et une escroquerie intellectuelle de la part des barons du RPT.

Seulement au niveau du peuple, de la masse silencieuse, des élites en pépinière surtout au niveau de l’Université du Bénin, de certains partis politiques non encore déclarés la colère grondait et tout se mettait en place pour faire ressortir les réelles et vraies aspirations du peuple.

Ainsi, certains étudiants membres de la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA), parti politique clandestin à l’époque du professeur Léopold Gnininvi, mettaient en place des stratégies pour ébranler le pouvoir dictatorial et sanguinaire d’Eyadema.

C’est dans ce cadre que certains étudiants de l’UB furent appréhendés dans une affaire de distribution de tracts. Pour le régime d’alors, c’était un crime de lèse-majesté. Arrêtés, torturés, mis en amalgame avec leurs parents qui ont payé chers pour cet acte de leur progéniture,  Logo Dossouvi et Doglo Agbélenko devaient passer en jugement le 5 octobre 1990.

Pour Gnassingbé Eyadema et les barons du RPT qui avaient cru que le peuple, sous l’effet de la propagande du RPT et des répressions féroces et barbares des Forces Armées Togolaises ne pouvait jamais relever la tête de sous l’eau, la surprise a été énorme et totale.

Au palais de justice ce jour-là, au lieu de l’hymne du RPT commençant par « écartons tous mauvais esprits qui gênent l’unité nationale… », C’était plutôt la première phrase de l’hymne des indépendances mis au brancard par Eyadema et ses sbires commençant par « salut à toi pays de nos aïeux … » qui résonnait durant plusieurs heures au palais de la justice.

La colère contenue, les frustrations sans  fin, les hontes bues, les plaies non cicatrisées issues de la barbarie des agents de la force armée du RPT qu’on appelait et qu’on appelle pompeusement force de défense et de sécurité ont d’un seul coup fait surface. Et la révolte ce jour du 5 octobre 1990 dépassa tout ce que et les tenants du pouvoir et les opposants clandestins avaient imaginé. De la casse du palais de justice et ses environs à la vague qui déferla dans la ville de Lomé, la préfecture du Golfe et les milieux environnants, le Président Eyadema et ses « amis et conseillers » n’y ont rien compris. Qu’un peuple brimé et comparé à des « moutons » par Kérékou et Bongo réagissent de cette façon aussi violente avait été au –dessus de tout ce que pouvait croire Eyadema.

Tout ce qui s’en était suivi était, ayons le courage de le dire de l’ordre du normal. Lorsqu’une marmite posée sur le feu boue jusqu’à un certain degré et que la cuisinière ou le cuisinier estime que rien ne se passe encore, qu’il ou elle ne soit pas surpris que le couvercle vole tôt ou tard en éclat et lui frappe au visage et cause des blessures profondes.

Les retombées et les ratées du 5 octobre

Lorsque la jeunesse au prix de sa vie a défié le régime totalitaire et sanguinaire de feu Eyadema, elle ne réclamait que certaines choses extrêmement simples à savoir la liberté d’expression, la bonne gouvernance politique et économique du Togo, une vie sociale digne d’un être humain et surtout et par-dessus tout le respect scrupuleux des droits de l’homme.

27 ans après cette révolte ou en est le peuple togolais ?

De la conférence nationale souveraine à la grève générale illimitée non-négociable, des tueries de Bè à la promulgation de la de la constitution le 14 octobre 1992 par Eyadema, de la libéralisation des moyens de communication au toilettage de la constitution de 1992 le 31 décembre 2002, de Gilchrist Olympio l’opposant historique à Gilchrist Olympio  le traître, de la mort d’Eyadema en 2005 à la demande de Tikpi Atchadam le 19 août 2017 pour ramener la constitution de 1992 originale et originelle dans l’arène politique, de la création des partis politique à travers l’adoption de la charte des partis politiques aux différentes guerres aux sein des formations de l’opposition, de la fusion-transformation du RPT et UNIR, des guerres des échos au sein des partis politiques de l’opposition à la mise en place des Forces de l’opposition Démocratique composée de 14 partis politiques, la question fondamentale est celle-ci : qu’a apportéle 5 octobre 1990 au peuple togolais ? Qu’avons-nous récolté ? Le peuple est-il oui ou non au bout du tunnel ?

Chaque togolais, quel que soit le lieu, la formation politique où il se trouve est interpellé.

Faisons absolument nos examens de conscience. Le journal « Le Perroquet » est de tout cœur avec toutes les familles qui d’une manière ou d’une autre ont perdu un être cher dans ce combat.

Frédéric DJEGUEMA (Parution N°371 du Journal Le Perroquet)

 

 

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